Urbanisme et participation citoyenne

Les barres d’immeubles ou vivre dans un environnement urbain médiocre!

Depuis une cinquantaine d’années et à quelques exceptions près, Genève ne construit pratiquement plus que des barres d’immeubles sur tout son territoire. Sauf erreur, il y a quelques décennies, on ne parlait pas de plan localisé de quartier, ce qui permettait aux promoteurs de construire des bâtiments tels que nous les connaissons encore aujourd’hui (Cité nouvelle d’Onex et Meyrin). Les mentalités ayant de la peine à changer, ce type d’urbanisme, bien que dépassé parce qu’il n’offre pas un cadre de vie convivial à ses habitants, semble encore bénéficier des faveurs des promoteurs et des architectes, même si tout récemment, François Longchamp s’est prononcé pour plus de créativité dans les projets urbanistiques.

Aujourd’hui hélas, le déclassement des zones villas et des terres agricoles, la densification, la mutilation, voire la destruction des lieux où la qualité de vie prenait tout son sens, sont des actes devenus trop nombreux. Ces secteurs habités ou cultivés sont trop souvent remplacés par des blocs d’immeubles en barre, souvent impersonnels et sans âme. Le constat est affligeant puisque le développement durable et harmonieux des quartiers n’est plus respecté. Pour François Longchamp : « les immeubles en barres sont des oreillers de paresse pour les promoteurs et les architectes ». L’exemple du quartier de Pinchat, en-dessus du tunnel de Carouge, en est un bon exemple: un vallon, un château qui domine la route et, surgissant de terre, de grandes barres d’immeubles, impersonnelles, rectilignes qui gâchent complètement ce lieu où à l’origine devaient paître les moutons. La réalisation extérieure de ce quartier est attristante, tant du point de vue architectural, visuel  que convivial. Pouvons-nous imaginer cet endroit  aujourd’hui si nous avions fait participer les habitants à l’élaboration de leur cadre de vie ?

Aujourd’hui, en constatant tous les dégâts réalisés sur notre patrimoine bâti, nous ne pouvons que militer contre cet urbanisme anonyme, un copié-collé d’un quartier à l’autre nonobstant quelques modifications, en opposition avec un urbanisme humain, agréable et généreux, voire un peu original, s’adaptant à la spécificité des lieux. Rien que pour éviter cela, la participation citoyenne s’avère indispensable lors de l’élaboration d’un nouveau quartier.

Tout récemment, l’Etat a bien décidé d’inclure les citoyens dans son concept « Genève veille » concernant la sécurité, pourquoi ne pas l’appliquer pour l’urbanisme, la mobilité et autres sujets importants de la vie des genevois ?

Plus de créativité et de diversité  dans les projets urbanistiques

« A Genève, le système des plans localisés de quartier (PLQ) a abouti à une standardisation des constructions avec de nombreux immeubles en barre », déplore François Longchamp, chef du Département de l’Urbanisme.

« Les PLQ judiciarisent très rapidement la procédure, ce qui fige le paysage urbain pendant des années avant la construction effective de logements. Une fois adoptés, les PLQ sont souvent déjà démodés » explique encore François Longchamp. Le processus, qui se révèle lent et complexe, privilégie par ailleurs les phases d’opposition au détriment de la concertation.

Pour y remédier, il a mis en place un groupe de travail pour réformer en profondeur les PLQ* car ces derniers imposent des pratiques administratives offrant peu de place à la créativité. Il en résulte donc « une perte de qualité du domaine bâti ». Ce groupe de travail est composé d’architectes, d’urbanistes, d’ingénieurs, de promoteurs et de constructeurs et a été constitué en novembre dernier. Si l’on excepte les représentants de la Cour des comptes, il manque de toute évidence des membres de la société civile, les premiers concernés, les citoyens et bien évidemment les propriétaires des lieux que l’on va détruire ! Ce groupe de travail devra présenter un plan d’action pour combler les lacunes citées plus haut tout en conservant les avantages des PLQ, à savoir une certaine stabilité juridique ou encore une répartition claire des droits à bâtir.